De 1815 à 1914

1815-1914 : Du monde rural à l’ère industrielle

En 1806, les limites de la commune d’Annœullin se stabilisent. Pendant trois siècles, celles-ci avaient fait l’objet de contestations constantes des communes voisines en particulier de Provin.

Les différents régimes (Restauration, Empire, IIIe République) vont permettre le développement régulier de la commune qui, à partir des années 1840 va, enfin, connaître le progrès. En termes de liaisons, les chemins, à l’usage des seuls piétons, laissent la place à des chemins carrossables en direction d’Allennes, Gondecourt et Seclin.

De 1842 à 1848, est construite une route pavée entre Seclin et La Bassée (chemin de Grande Communication n°39). La route entre Annœullin et Allennes existe enfin. Le cadastre de 1858 indique une seule maison sur cette route, à l’angle du chemin du vent de bise.

A partir de 1853, le conseil municipal décide l’alignement des rues. De 1875 à 1894, c’est la création d’une ligne de Chemin de Fer Seclin-Don. Le premier train part en gare d’Annœullin le 10 janvier 1894. En 1898 est inaugurée la ligne Don-Bauvin-Provin avec une halte d’arrêt au marais, essentiellement destinée à l’usage des ouvriers mineurs.

Trois abreuvoirs à chevaux sont également aménagés : petite place à l’angle des rues de l’Abbé Bonpain et Léon Boistelle, face à l’église Saint-Martin et enfin à l’emplacement de l’actuel Hôtel de Ville.

Les constructions de bâtiments publics vont également s’accélérer. La Grand’ Place est aménagée. L’Hôtel de Ville y sera construit en 1913 selon les plans de l’architecte Horace Pouillet (1912-1920). Son beffroi qui a perdu son clocher est cependant cité dans plusieurs ouvrages dont le fascicule "Les beffrois Nord Pas de Calais" de La Voix du Nord Editions.

L’école communale des garçons et l’école communale des filles sont construites respectivement en 1851 et 1865, à hauteur du passage Vérignon et rue Joseph Richy. Les écoles privées Saint-Joseph et Sainte-Anne sont ouvertes en 1882.

A partir de 1890, le cimetière sera transféré chemin du Vent de Bise. En 1890, est également inauguré un bureau postal rue du Riez Bourriez en lieu et place de celui de Don.

Progrès sanitaire incontestable, l’abattoir d’Annœullin est construit en 1905, rue Salengro.

Une caserne de gendarmerie est construite en 1908 (route de Provin) pour accueillir la brigade créée en 1908.

Légataire de l’ensemble des biens meubles et immeubles de la famille Desreux, la municipalité décide la construction d’un hospice en 1906. Achevé en 1912, il deviendra la maison de retraite Charles Desreux aujourd’hui remplacée par l’EHPAD "Les Jardins argentés".


Une « bonne histoire » locale :

De toutes les constructions, la plus symbolique est la construction des deux églises. Elle illustre un conflit qui opposa longtemps les deux quartiers historiques du bourg :

L’élection municipale de 1896 a vu la victoire du libéral catholique Oscar Coupey contre le maire radical sortant, Antoine Mauroy. L’ancienne église Saint-Martin est vétuste et désormais trop petite. Le nouveau maire, habitant de "la Ville", décide de la reconstruire à partir de son clocher restauré, monument ayant une valeur historique au sein de la commune. Entre-temps, les familles catholiques du "Marais", qui souhaitaient un lieu de culte moins éloigné, lancent une souscription et forment une société civile pour la construction d’une nouvelle église située dans leur quartier où habite également Antoine Mauroy. Celui-ci leur cède facilement une parcelle lui appartenant, trop heureux de mettre ainsi en difficulté son adversaire politique.

Ainsi pendant qu’en 1899 on inaugure l’église St Martin reconstruite au même emplacement dans le quartier de la " Ville ", on construit à la même période l’église du Sacré Cœur dans le quartier du "Marais". Celle-ci sera terminée en 1901.

Cette bataille « des deux églises » divisa le bourg entre le quartier "blanc" de "La Ville" (dont les habitants étaient surnommés les "donatos") et le quartier "rouge" du "Marais" (dont les résidents étaient appelés les "intonneux"). La ligne de chemin de fer, récemment terminée, en devint la « frontière symbolique ».

Donato : c’est le nom que l’on donnait aux partisans d’Oscar Coupey. En effet, ce dernier avait attiré beaucoup de monde lors des réunions pendant les campagnes cantonale de 1894 et municipale de 1895 comme un certain Donato, grand hypnotiseur, illusionniste qui faisait un tabac au cours de ses spectacles.

Intonneux : c’est le nom des partisans d’Antoine Mauroy. Ce dernier, brasseur, avait l’habitude lors de ses campagnes électorales, de payer des verres aux électeurs dans les cafés - à cet époque, ces établissements étaient nombreux. D’où ce surnom "d’intonneux" : ceux qui remplissent, comme des tonneaux, le gosier des électeurs.

Le passage à l’ère industrielle

La modernisation de la ville a correspondu également à son développement démographique et économique. La population va croître régulièrement : 3200 habitants en 1855 ; environ 4000 en 1880 et 5100 en 1900. Economiquement, si la commune garde son aspect agricole (45 fermes) et rural (4 brasseries, 2 tanneries), les manufactures se développent dans le secteur textile. Le commerce alimentaire se développe (18) et les estaminets connaissent une véritable explosion.

Ils servent notamment de lieu de rencontre pour la nouvelle classe ouvrière qui comprenait à Annœullin, au début du XXe siècle, cinq ou six cents mineurs, travaillant dans les mines à Carvin, Lens, Meurchin et plus d’une centaine d’ouvriers du bâtiment.

Cette période de progrès ne va pas pour autant être une période de paix sociale. La gestion des portions ménagères et, avec la bienveillance des municipalités d’alors, leur confiscation par quelques familles plus nanties que d’autres provoqua un fort mécontentement dans la population durant tout le siècle. Cette discorde, mêlant conflit politique et intérêts privés, créa, elle aussi, de nombreuses dissensions dans la commune.

La guerre franco-allemande de 1870 ne créa pas de problèmes particuliers dans la commune (on dénombre 14 Annœullinois tués dans les rangs de l’Armée du Nord commandée par Faidherbe).

Mais le passage dans l’ère industrielle correspond également aux clivages sociaux qui vont entraîner les clivages politiques. Illustration de ces tensions sociales puis politiques crées par la montée du mouvement ouvrier : la catastrophe minière de Courrières de 1906 qui fit 1200 tués, va provoquer l’éclatement de la musique locale entre l’Harmonie Syndicale et Ouvrière et la Philharmonie dont la création remontait à 1823 sous l’appellation "la bourgeoise".

La municipalité devient socialiste (SFIO) dès 1912 avec l’élection guesdiste d’Auguste Parsy.


Les colporteurs

Les colporteurs sont la véritable tradition locale. La légende la fait remonter aux années 1648 où après la bataille de Lens gagnée par les Français, les troupes espagnoles auraient reflué par le secteur d’Annœullin en abandonnant un important stock de couvertures.

Toutefois, la vérité historique oblige à reconnaître qu’on ne trouve pas de traces de colporteurs avant le milieu du XIXe siècle, période à laquelle, sans gros investissements au départ, de jeunes Annœullinois vont vendre draps et produits de linge de maison dans un secteur de plus en plus large. Les "marchands d’couvertes" d’Annœullin deviennent célèbres de la Normandie à la Meuse.

Cette célébrité et tout le folklore pittoresque qui entoure les colporteurs se retrouvent à travers le géant "Baptist’al’toil", créé dans les années 1930 et restauré en 1983. Le premier recensement portant la précision des métiers de 1851 en signale 267. Ce fut le maximum car les années 1860 virent l’ouverture de toutes les mines du secteur (Meurchin, Carvin, Courrières, Annœullin) qui offraient des garanties de salaires supérieurs même si la profession perdura plus d’un siècle.


La fosse à charbon

L’histoire des houillères de charbon à Annœullin illustre une nouvelle fois le clivage entre le "pays blanc", producteur de betterave à sucre du Carembault et du Pévèle et le "pays noir", bassin minier du Pas-de-Calais.

Dès 1857, la Société Houillère de Don prospecta sur Annœullin dans le canton du Frézin. Un premier puits fut exploité de 1860 à 1864. Mais les deux veines découvertes ne fournissaient que des rendements modestes et de piètre qualité. L’exploitation, constamment déficitaire, fut suspendue en 1864 après d’incessantes inondations. Une seconde tentative eut lieu en 1877 et 1878 à l’initiative de la Compagnie Houillère d’Annœullin-Divion mais se révéla aussi infructueuse.

Le marais prenait sa revanche. Le sous-sol, gorgé d’eau, séparait définitivement notre terroir des cités minières du Pas-de-Calais alors en pleine expansion. De cet épisode, il reste le Hameau de la Fosse avec ses vingt-quatre maisons mais le terril a aujourd’hui pratiquement disparu.


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